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Secret médical et plongée subaquatique en Suisse
(ou les à-côtés d'un accident à Hermance - Canton de Genève - Suisse)

Les faits...

Le 16 aout 2005, à 10h40, départ de deux plongeurs de la plage de Hermance (Genève - Suisse) pour la barque à Pierrot. Cette épave est située à 46m de profondeur. Elle est sur un fond plat et l'on peut la manquer facilement. Les 2 plongeurs sont de niveaux N3. Ils ont chacun plusieurs centaines de plongées à leur actif. Le plongeur A est un habitué du lac. Le plongeur B est en vacances dans la région et il n'a jamais plongé avec A (qu'il ne connait d'ailleurs pas! - Ceux-ci ont fait connaissance via un forum de plongée-). Le plongeur A est équipé d'une wing DR classic, d'un 2x10l d'air et d'une bouteille de 10l de nitrox 80% (déco). A est muni d'une combinaison étanche. Le plongeur B d'une 15l d'air prêté par A. B refuse de prendre en plus une 6l de 80% d'O2. B a un simple gilet stabilisateur. B plonge avec une combinaison en néoprène. Un bref briefing est effectué avant le départ et il est clairement convenu que les deux plongeurs amorceront leurs retours dés que le plongeur B n'aura plus que 100bars dans sa bouteille.

Ce jour-là, les conditions de surface sont mauvaises: vent du sud force 6-7, moutons, etc. Et sous l'eau, c'est pas terrible non plus: important courant sud-nord! visibilité réduite à quelques centimètres...

Les 2 plongeurs commencent leur descente. A 30m c'est la nuit complète comme d'habitude. Au bout de 26 minutes de plongée, le plongeur A se rend compte que l'épave a été manqué et qu'il a fort peu de chances de la retrouver en raison des conditions déplorables. De plus, à peu près simultanément, le plongeur B constate qu'il n'a plus que 100bars dans sa bouteille. Le retour est amorcé. Important courant de face (cette fois-ci!). Vers 30m de profondeur, le plongeur B annonce qu'il n'a plus que 40bars. L'ordinateur annonce: palier 6m-10mn. Remontée vers 5m. Le plongeur A prépare sa bouteille de déco pour son binôme. Mais ce dernier disparaît de sa vue. Le plongeur A effectue brièvement des recherches et remonte à la surface à 3 reprises. Il ne voit personne et est désespéré! Il lui reste environ 100bars dans son bi-bouteille. Il a également une bouteille de déco 80% de 10 litres. Le plongeur A décide d'entamer immédiatement des recherches. Celles-ci sont effectués durant 20 minutes et jusqu'à une profondeur maximale de 20m. Finalement, ses recherches n'ayant pas abouti, le plongeur A se décide d'appeler les secours. A la buvette, le gérant lui apprend que son binôme est à l'infirmerie. Le binôme n'a aucun symptôme et explique qu'il a effectué quelques minutes de décompression avec l'air restant dans sa bouteille, puis est remonté chercher de l'oxygène.

Commentaires:

1) les faits parlent d'eux-mêmes. On n'en rajoutera pas!
2) tragi-comique de la situation: panne d'air de B/paliers non effectués par les plongeurs alors que le plongeur A possède 3000l d'air et de nitrox.
3) panne d'air de B: vraisemblable essoufflement (milieu lacustre, important courant)
(conclusion: relire la procédure de recherche en cas de perte du binôme en milieu lacustre!!!)

Les plongeurs A et B n'ont pas de symptômes neurologiques ou respiratoires. Quelques marques/rougeurs cutanés sont visibles chez A et sont vraisemblablement dû à un squeeze (plongée en étanche). En raison de la durée des paliers manqués, un avis est demandé au médecin hyperbare local. Une thérapie hyperbare "par précaution" est proposé aux plongeurs. Contact est pris avec le "trieur" des hôpitaux universitaires de Genève. Celui-ci exige un transport en Ambulance. Le numéro 144 est composé sur un natel et, surprise, c'est le régulateur 144 du canton de Vaud qui répond ...(Le réseau Natel de Hermance est-il sur celui de Vaud?). Palabres. L'appel est transféré sur la centrale de Genève... après plusieurs essais et l'entretien téléphonique avec la centrale Genevoise 144 est marqué par une certaine confusion! Le seul renseignement qui intéressa le régulateur du 144 fut la profondeur à laquelle avait été les plongeurs. Finalement, arrive une ambulance puis un hélicoptère. Les deux plongeurs rencontrent l'anesthésiste de la REGA venu par hélicoptère et lui font part de leur incompréhension quant à son déplacement. Transport en ambulance à l'hôpital.

L'interrogatoire de police avant le départ pour le caisson!

Une dizaine de minutes après leur installation dans un des "boxs" de la salle "B" du CAU des HUG , les deux plongeurs voient se pointer les uniformes de la police du lac.

Bref discussion sur le motif de cette enquête et son origine. On apprend tout de même que les policiers se trouvaient à l'intérieur de l'hôpital et qu'ils ont été informés de leurs présences par les secours. Il n'a pas été possible pour les plongeurs de savoir qui du 144, du service des urgences des hôpitaux ou des techniciens du caisson les avait "dénoncé".

Après la séance de recompression au caisson des HUG les plongeurs se rendent au quai Gustave Ador, QG de police de la navigation genevoise, pour récupérer leurs ordinateurs de plongée. De multiples reproches sont adressées par le chef du poste de Police au plongeur A, entre autre le fait d'avoir emmené une personne non accoutumée au milieu lacustre. Pratiquement accusé d'homicide par négligence, le plongeur A ressort traumatisé à vie de cette entretien.

Quid du secret médical?

Pas très content de l'intervention policière et de la manière dont le 144 a organisé les secours, le plongeur A envoie une lettre de protestations aux urgences des HUG ainsi qu'au 144. Pas de réponse du premier service concerné. Quand au deuxième service impliqué, il ne trouve pas mieux que de demander une "seconde opinion à droite et à gauche". Un membre de la famille est ainsi prié de donner son avis....